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Le Roi a parlé...


dimanche 16 avril 2006, par Tibo

Le Roi a parlé : afin de « sortir » de la crise sur le CPE, le Roi a une fois de plus pris son courage à deux mains, fermé les yeux, enfoui sa tête sous le sable et a promulgué la loi sur l’égalité des chances instituant le CPE. L’autisme et l’aveuglement ainsi manifesté prêterait presque à rire si ce n’était pas de notre futur dont il s’agissait...

(JPG) Depuis maintenant 20 ans, le France se bat avec ce taux constant, ou presque de 20% de chômeurs. Et comment a-t-on procédé ? En multipliant les contrats de types précaires et, surtout, en multipliant les réductions de charges sociales accordées aux entreprises. Pour quel résultat ? Aucun ! Se réveillant d’une double gueule de bois suite au référendum sur le traité constitutionnel (dont l’enseignement tiré par le Roi avait été de déclarer la pleine mobilisation en faveur de l’emploi) et de la crise des banlieues de novembre 2005, le gouvernement remet le couvert : on met dans un shaker précarité et exonérations de taxes sociales. On mélange bien et on obtient quoi ? Le fameux CPE. Parlez nous d’une recette indigeste. A force de n’avoir que de la précarité à se mettre sous la dent, forcément au bout d’un moment, on se lasse un peu...

Mais cette fois-ci, des leçons ont quand même été tirées des précédents échecs (notamment de celui du CIP). L’article de loi a été insidieusement ajouté à la loi sur l’égalité des chances sans concertation avec les partenaires sociaux (alors que ce même gouvernement avait fait voter une loi obligeant une telle concertation avant toute modification du code du travail), adoptée sans réel débat parlementaire suite à l’utilisation de l’article 49-3 de la constitution. Ce qui permet aujourd’hui à la « majorité » (encore un terme qui prête à sourire au vu de la mobilisation générale contre cette loi...)de se targuer d’être les défenseurs de la démocratie : la loi a été votée, elle doit être adoptée. Outre le fait que les manœuvres politiciennes (dans le mauvais sens du terme) utilisées afin d’empêcher toute contestation préalable à l’adoption de cette loi par le parlement, l’ampleur de la mobilisation des lycéens, des étudiants et des travailleurs, ainsi que la discorde régnant au sein de la « majorité » montre plutôt que le fonctionnement actuel des institutions ne répond pas aux aspirations du peuple de France !

(JPG) Malheureusement, ces quelques constatations de forme ne sont finalement pas les plus dramatiques. C’est bel et bien le fond qui pose le plus problème. Commençons par le commencement : un contrat de travail spécifique, et plus « flexible » que les autres pour les moins de 26 ans. Moment de la première installation, la période de début de vie professionnelle est déjà un véritable casse-tête pour une jeune en CDI, à qui les agences immobilières font les plus grandes difficultés avant d’accorder une location. Alors quid des jeunes qui arriveront fraîchement auréolés du plus précaire des contrats ? Hum... laissez moi réfléchir... Alors certes, on essaye de faire passer la pilule en mettant en place des mesures visant à faciliter l’obtention d’un prêt immobilier auprès des banques. Sauf que, au vu des prix du marché de l’immobilier, le début de vie professionnelle est quand même plus souvent placé sous le signe de la location que sous celui de l’accession à la propriété... Bref...

Une période d’essai de deux ans... A croire que les entrepreneurs ont tout à coup perdu leur discernement. Alors que pour un salarié âgé de plus de 26 ans, il est possible de déterminer si le salarié est suffisamment compétant et motivé pour être confirmé dans son poste, il faudrait deux ans pour s’en rendre compte dans le cas d’un salarié de moins de 26 ans. Ah mais non, en fait la question n’est pas là ! Il s’agit de permettre effectivement à un employeur de se débarrasser d’un salarié quand bon lui semble sans avoir à s’en justifier pendant une période de deux ans, par exemple si un retournement de conjoncture devait subvenir. Et voilà comment se prémunir de l’utilisation du licenciement économique, qui lui serait suivi d’une période de restriction de recrutement. Alors qu’après avoir licencié un CPE... ben on peut en reprendre un autre. Et encore un autre. Et ainsi de suite... Mais me voilà déjà taxé de faire un procès d’intention aux patrons : si le salarié est bon, il n’y a évidemment aucun intérêt pour l’employeur à se séparer de son salarié. Oui, sauf que l’on ne légifère pas pour les cas qui se passent bien, mais pour palier au pire de l’Homme. Donc si une loi laisse la place pour le pire, c’est que la loi n’est pas bonne !

(JPG) Qui dit période d’essai dit : « pas besoin de justifier le licenciement », soit en gros la porte ouverte à tous les abus. « Si tu ne fais pas ceci, du balais », « si tu ne décales pas tes congés, c’est la porte », « si tu ne travailles pas pour moi durant ton arrêt maladie, c’est pas la peine de revenir lundi », « si tu adhères au syndicat, n’espères pas être confirmé en CDI », t j’en passe et des meilleures. Je ne vois vraiment pas comment un salarié peut durablement vouloir s’investir et donner le meilleur de lui même au service de l’entreprise si celle-ci ne lui montre pas un minimum de confiance : une fois que le salarié a fait ses preuves sur une durée raisonnable et permettant une juste confirmation (les premières évaluations ayant été faites lors du processus d’embauche) de son potentiel, de son investissement, de ses qualités relationnelles et de son état d’esprit général, celui-ci doit être validé. Point Barre. Force est de constater qu’appliquer des durées d’évaluation différentes selon les âges est profondément injuste, et que la limite à fixer en matière de « raisonnable » est bien la durée actuelle et non une durée de 2 ans !

Si l’on se penche sur la rhétorique du premier ministre et des autres supporters du CPE, on apprend que le but initial de cette mesure est de favoriser l’entrée dans la vie professionnelle des jeunes sans qualification. Soit. Mais le texte de loi ne semble vraiment pas appuyer cet argument dans la mesure où aucune limite n’est formulée sur le niveau de qualification... Ceux qui ont donc eu la chance de pouvoir poursuivre leurs études, faisant ainsi acte de foi dans le discours tenu par tous les gouvernements précédents sur la formation (« vas à l’école, fais de bonnes études, et tu auras un bon emploi, stable, te permettant de réaliser tes projets »), se retrouveront également le bec dans l’eau.

Finissons nos critiques sur la première mouture du CPE en rappelant que bien que PE signifie Première Embauche, un jeune peut tout à fait enchaîner les CPEs... Donc au lieu d’enchaîner les CDD, maintenant on enchaînera les CPE. En comprenne l’intérêt qui pourra...

(JPG) Et sur ce, le Roi se décide donc à parler. Et, après force mystères, c’est un discours clone de celui du premier ministre qui nous est servi. Bouillie insipide vue et revue, déjà renvoyée en cuisine chaque fois qu’on a voulu nous le servir. Le discours est ubuesque : la loi ayant été votée doit être promulguée. Il est hors de question de la faire rediscuter par le parlement, comme l’autoriserait pourtant l’article 10 de la constitution. Par contre, celle-ci est suspendue jusqu’à ce que soit promulguée une nouvelle loi la modifiant selon les désirs du chef de l’Etat. Plutôt que d’écouter les légitimes revendications des parties concernées, on légifère dans notre coin, comme ça, on a de bonnes chances d’arriver à un bon résultat.

Deux modifications nous sont donc promises : réduction de la période d’essai de 2 ans à 1 an. La discrimination envers les jeunes est toujours d’actualité. Cette modification est donc toujours inacceptable.

Le salarié doit être informé des raisons de son licenciement. Voici un bien bel exemple de l’incompréhension totale des aspirations des jeunes... Si connaître les raisons d’un licenciement pourrait permettre au salarié de disposer de pistes d’amélioration, encore faudrait-il que ces raisons soient valables. Et c’est bien là que le bas blesse : si l’employeur est sensé informer le salarié des raisons de son licenciement, la décision reste unilatérale et inattaquable. Bref, aucun remède n’est trouvé à la précarité contre laquelle s’insurgent non seulement les jeune, mais bien l’ensemble des salariés.

Car, ne nous y trompons pas, le fait que le CPE soit institué par le loi sur l’égalité des chances préfigure bel et bien une chose : la volonté d’uniformisation des contrats de travail au profit du CPE, et donc au détriment du CDI... et des salariés !

Alors chacun selon nos moyens, prenons conscience des dangers qui pèsent sur nous, diffusons l’information et mobilisons nous contre cette loi injuste.

4avril


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