Le petit Nicolas a encore frappé...
dimanche 20 novembre 2005, par Tibo
Les violences qui secouent actuellement nos banlieues sont inacceptables et il faut qu’elles cessent dans les meilleurs délais, avec les conséquences ad hoc pour leur auteurs. C’est indiscutable.
Pour inacceptable que soit le signifiant, la question du signifié mérite d’être étudiée. Ce n’est pas du côté des organisateurs du mouvement ou d’un éventuel porte parole que l’on pourra être aidé. Et pour cause... il n’y en a pas. Faut-il conclure, à partir de l’absence de formalisation d’un message, à la non existence de celui-ci ?
Je ne peux le croire. Mieux : je me hasarde même à un décryptage du message implicite que les émeutiers nous envoient (consciemment ou non)... Les causes de la révolte sont doubles. Des causes immédiates évidemment : la mort de ces deux jeunes dans un transformateur EDF et les propos malheureux et irresponsables d’un certain ministre de la fonction publique. Mais surtout des causes plus profondes : la misère sans cesse grandissante dans les quartiers, les discriminations face à l’emploi, face à l’accès aux soins, face au logement, ou dans es situations de tous les jours, la persistance du prédéterminisme social, l’échec de la politique d’intégration, ... Les maux semblent nombreux, et pourraient finalement se résumer en l’incapacité de la République à rassembler derrière elle ses citoyens au sein d’un projet de vie en commun
Est-ce la première fois que des citoyens expriment leur désaccord face à leur vécu, face au projet de société qui leur est proposé par nos dirigeants ? Comment ne pas voir un tel rejet dans la croissance continue de l’abstention (jusqu’au référendum du 29 mai 2005), dans la présence au second tour de l’élection présidentielle de 2002 de l’extrême droite au détriment de la gauche gouvernementale, dans le mouvement de balancier aussi marqué que celui qui a fait vit succéder 21 régions sur 22 dans le giron du PS à une droite parlementaire plébiscitée à 82% un soir d’avril 2002 ou encore dans le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen ?
Alors, naïf que je suis, je me prête encore à rêver un peu. A me dire que cette fois-ci les choses sont allés trop loin, que nos dirigeants ne pourront pas, encore une fois, s’épargner un minimum de réflexion. Qu’ils liront de façon plus exhaustive que moi le message envoyé par ces événements sans en travestir le sens (en essayant d’y trouver une cause première autre que sociale notamment...), et que cette crise s’avérera finalement salvatrice pour la République et la Nation. Oui, je me plais à penser que de ces nécessaires réflexions émergeront un projet fédérateur, équitable, fraternel, redonnant sa grandeur à la France, redonnant confiance au peuple Français, ravivant le pacte Républicain.
Oui mais voilà... acte premier du grand détournement : Monsieur Sarkozy cherche déjà à minimiser sa part de responsabilité dans les causes immédiates de cette crise, refusant d’admettre qu’il a jeté de l’huile sur le feu. Bien triste symbole... La manœuvre d’esquive semble lancée. Le grand débat aura-t-il lieu ? Par la voix de son président, l’UMP semble avoir décliné la proposition... Face à la crise de confiance qu’inspire la politique au peuple, que peut inspirer ce nouveau renoncement ? Surtout lorsqu’il est exprimé par le ministre de l’intérieur commentant ses propres agissements...
Encore un coup porté à mes espoirs... Mais sûrement pas à mes certitudes !
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